Conférences grand public

Trois conférences sur la littérature russe données par Daria Sinichkina les 30 novembre, 7 décembre et 18 janvier à la Maison des Arts de Plessis-Robinson.

 

Première conférence: "Créer une littérature russe, inventer la "russité": la littérature russe en quête d'identité (XVIIIe - XIXe siècles)

 

 

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À la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, les réformes de Pierre le Grand entraînent des transformations profondes dans tous les domaines de la vie russe. L’ouverture vers l’Europe et la fondation de Saint-Pétersbourg en 1703 ouvrent la voie à la période dite « pétersbourgeoise » de la culture russe. La littérature se nourrit d’influences européennes, les traductions d’œuvres clé des littératures française, allemande et anglaise organisent le système des genres russe, nourrissent les rêves d’un lectorat idéal et stimulent la production locale, romanesque, dramatique, poétique. Le XVIIIe siècle, celui des utopies politiques (depuis Pierre Ier jusqu’à Catherine II), sera aussi celui de l’inventivité littéraire et linguistique, - avec les grands noms du classicisme russe, Trediakovski, Lomonosov, Soumarokov, - ces processus se poursuivant jusqu’à la fin du premier quart du XIXe siècle : à l’imitation des modèles européens succède l’élaboration de paradigmes qui revendiquent une russité « authentique », sur fond, notamment, de la découverte, à la fin du XVIIIe siècle, d’œuvres majeures de la littérature russe ancienne, la plus célèbre étant le Dit de la campagne d’Igor, publié par Nikolaï Karamzine au tournant du XVIIIe. Les débats qui opposent langue ancienne versus langue nouvelle, authenticité versus imitation, Russie versus Occident rythment le premier quart du XIXe siècle et occupent les plus grands esprits et plumes de l’époque (Karamzine, Joukovski, Pouchkine, Belinski, Khomiakov, Odoïevski, Tchaadaev), sur fond d’une accélération du processus littéraire qui sera connue sous le nom de l’Âge d’or de la littérature russe. Cette première conférence sera ainsi l’occasion d’aborder les processus qui ont mené à la création d’une littérature russe consciente de son identité et de ses fonctions, esthétiques, politiques et sociales.

 

Deuxième conférence: "II. Du roman russe au roman de production: les tribulations du réalisme en Russie (XIXe - XXe siècles)"

 

 Pour écouter la version audio:

 

 

Dans le second quart du XIXe siècle, des phénomènes curieux se produisent dans la littérature russe, toute entière, semble-t-il au premier abord, tournée vers la poésie: Alexandre Pouchkine entame, en 1821, la rédaction d'un "roman en vers", Eugène Onéguine, Mikhaïl Lermontov rédige, en 1840, Un héros de notre temps, un roman en prose, cette fois-ci, mais qui semble parodier toutes les conventions du genre; enfin Nikolaï Gogol, le chouchou de "l'école naturelle" et de son célèbre théoricien, Vissarion Biélinski, publie en 1842 Les Âmes mortes, une longue œuvre en prose pourtant intitulée "Poème"...

Troisième conférence: "La réinvention de la littérature russe: modernisme(s) et postmodernisme(s) (XX-XXI siècles)"

 

 

Le XXe siècle russe a commencé avec ce qu’il est coutume d’appeler « l’Âge d’argent », une période de renouveau culturel très intense dans tous les domaines culturels et artistiques : poètes (Alexandre Blok, Nikolaï Goumilev, Anna Akhmatova, Marina Tsvétaïeva, Maximilien Volochine, Valeri Brioussov, Ossip Mandelstam, Vladimir Maïakovski, Sergueï Essénine, Nikolaï Kliouev), prosateurs (Ivan Bounine, Maxime Gorki, Boris Zaïtsev, Léonide Andreev), artistes (Nikolaï Roerich, Lev Bakst, Konstantin Somov, Kazimir Malévitch) et musiciens (Alexandre Skriabine, Sergueï Prokofiev, Igor Stravinski) se côtoient dans une atmosphère de grande liberté à laquelle les réformes successives du champ artistiques au cours des années 1920 vont mettre un terme. Le modernisme russe nourrira, cependant, la littérature russe du XX siècle : emporté à l’Ouest par les écrivains émigrés de la première heure, il fleurira sous la plume de Nabokov ; intégré par les jeunes poètes et prosateurs soviétiques, il participera à modeler le paysage littéraire des années 1920 à l’Est. Le cheminement du modernisme tout au long du XX siècle fut en grande partie clandestin, mais les redécouvertes successives du passé littéraire, pré-révolutionnaire d’abord, émigré ensuite, firent en sorte qu’à la chute du régime, en 1991, la jeune littérature russe produisit des œuvres étonnantes d’originalité, à la frontière entre modernisme et post-modernisme : Viktor Pelevine, Lioudmila Petrouchevskaja, Vladimir Sorokine, Tatiana Tolstaïa furent parmi les premiers représentants des nouvelles tendances littéraires de la jeune Russie post-soviétique. Aujourd’hui, la littérature russe se réinvente par rapport à un passé à la fois grandiose et complexe, en restant souvent fidèle aux thématiques qu’elle va puiser chez les « classiques » (Evguéni Vodolazkine, Sergueï Lebedev, Alexeï Ivanov, Lioudmila Oulitskaïa), tandis que quelques « enfants terribles » (Zakhar Prilepine, Vladimir Sorokine) essayent de s’en distancer. Multiple et passionnante, la littérature russe contemporaine est à l’image de la Russie d’aujourd’hui, foisonnante, paradoxale, étonnante… autrement dit celle-là même que le lecteur français a appris à connaître et à aimer au XIXe siècle déjà, en lisant les romans de Tolstoï et de Dostoevski. 

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